Imaginez que nous nous retrouvons avec un Internet coupé ou filtré. Qu’il s’agisse d’une coupure volontaire du gouvernement pour museler la vox populi ou d’une intervention d’un pays hostile, comment pourrions-nous communiquer ou nous défendre?

Nous le voyons souvent dans certains pays, en Tunisie, en Egypte, en Lybie etc, la coupure d’Internet dans un pays n’est pas de la science-fiction. L’ancien régime d’Hosni Moubarak par exemple, avait utilisé cette “arme” pour éviter la fuite de vidéos ou la mise en place de réseaux organisés visant son gouvernement. Ici, la méthode avait été radicale: le blocage des protocoles BGP (Border Gateway Protocol) et DNS (Domain Name Server). Le premier permettant aux sites de signaler leur adresse IP et le deuxième de savoir où joindre quel serveur.

La Libye du guide quant à elle, n’a pas agi de la même manière. Le gouvernement de Kadhafi avait lui, préféré ralentir la bande  passante disponible pour avoir le loisir d’utiliser le réseau quand il le désirait.

 

LE FILTRAGE, INTERNET EN SEMI-LIBERTÉ

Plus fourbe que la déconnexion pure et simple, le filtrage est à la mode dans tous les pays despotiques: Chine, Iran, Biélorussie, etc. le but est d’interdire l’accès libre à l’information et d’épingler les fortes têtes qui iraient contre les idées du régime en place. Même s’il est développé une méfiance du côté des citoyens (par exemple, les internautes chinois ne parlent jamais de la manifestation de la place Tien’ anmen du 4 juin 1989, mais plutôt de l’événement du “35 mai”), de nombreux blogueurs ou webmasters sont emprisonnés ou tués dans le monde pour avoir défendu leurs idées.

Baidu, le moteur de recherche numéro 1 en Chine ne permet pas d’accéder à tout le contenu que propose Internet.

TOR ET LE ROUTAGE EN OIGNON

Pour éviter d’avoir la visite inopportune d’une quelconque police politique à la maison qui vient vous dire bonjour, il existe plusieurs solutions permettant aux plus modestes de se protéger. La première consiste à utiliser un VPN ou un réseau décentralisé de routeurs comme Tor. Comme les serveurs proxy ne permettent pas de protéger correctement les individus (le simple fait de s’y connecter rend immédiatement l’internaute suspect), ce type de routage en oignon servent à éviter que les autorités ne sachent qui échangent quoi en faisant rebondir les paquets d’informations au sein d’Internet. comme le tout est chiffré, même une attaque “man in the middle” (où un espion essaierait de recueillir des informations en s’installant dans le réseau) est inopérante.

Attention Tor n’est pas infaillible puisqu’il crypte les données de nœud en nœud vers la sortie du réseau. les informations échangées peuvent être lues si l’on place des faux nœuds “en écoute” mais dans ce cas l’émetteur n’est pas inquiété.

RSF ET L’ABRI ANTI-CENSURE

Malheureusement, la mise en place de Tor, même si elle n’est pas difficile pour un habitué de l’informatique, elle est plus problématique les utilisateurs lambda. Pour cela, Reproters Sans Frontière a inauguré l’année dernière un “Abri anti-censure”. Il s’agit d’un lieu destiné aux journalistes ou blogueurs dissidents permettant d’apprendre contourner la censure et conserver leur anonymat sur Internet. Bien sûr pour les personnes qui ne peuvent pas faire un saut Paris pendant le Week-end, RSF s’est associé avec l’entreprise de sécurité des communications XeroBank pour mettre gratuitement à disposition des utilisateurs un VPN sécurisé. Il suffira de démander à RSF pour obtenir un code d’accès et une clé USB “magique” qui permettront d’avoir accès au VPN sans pour autant avoir de connaissance technique.

http://xerobank.com/personal/tour

 

LES FREEDOMS BOX

De plus en plus, on parle aussi des fameuses Freedom box, des mini-serveurs matériels à peine plus gros qu’un téléphone portable qui permettront à chaque utilisateur de gérer son propre réseau social, de contrôler l’accès et la diffusion de ses propres données tout en étant “étanches” aux organismes de surveillance. Alors que les grands réseaux s’articulent autour d’un noyau central, ces Freedom box permettraient de créer une multitude de mini-réseaux reliés les uns aux autres. Les principaux objectifs du projet sont la mise en place d’un réseau social sûr garant du respect de la vie privée, d’un stockage de données sécurisées et de publications anonymes sûres et chiffrées. Selon Eben Moglen, professeur de droit à l’Université de Colombia, “Les freedom Box peuvent faire tout ce que des ordinateurs avec un système libre Debian GNU/Liux peuvent faire“. Le principal avantage réside bien sûr dans la simplicité du système. Le professeur a créé une fondation permettant de collecter des fonds pour mener à bien son projet. Car le hic dans ce combat, c’est le prix du matériel. Il existe actuellement des box du même acabit comme le SheevaPlug ou le Disapora, mais ils sont vendus à près de 100$ pièce. Une production de masse permettrait de voir son prix baisser à 25$, une somme plus abordable pour les dissidents du monde entier.

http://freedomboxfoundation.org

Pour finir, relativisons un peu l’importance d’Internet. Si Internet venait à ne plus fonctionner, serait-ce vraiment la fin du monde? il y a une vingtaine d’années, presque personne ne possédait de connexion… Les vidéos de massacre ou les photos de révolutions transitaient par la poste vers les rédactions des journaux ou des chaines de télévision. Nous perdrons en vitesse, en quantité et en réactivité, mais rappelons-nous que YouTube n’a été créé qu’en 2005 et Facebook en 2006…

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Catégories : Sécurité

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